Ecrit en avril 2oo8 pour l'échange d'OS de Pâques, sur le Nokaias Forum. Pour Winry.17/09/01
C'était un lundi matin, neuf heures, et les collégiens allemands de Loitsche étaient en plein cours.
C'était aussi la première année qu'on avait mis Bill et Tom dans des classes séparées ; les profs avaient fini par devenir fous de leurs bavardages.
Ils avaient des camarades de classe différents et, même s'il n'y avait pas de grand changement vis-à-vis de Bill (qui était toujours considéré comme le « bizarre », celui qu'on n'approchait pas, à qui on ne parlait jamais et qui se dépêchait d'aller rejoindre Tom à chaque pause), pour Tom cela consistait en un grand tournant. Les filles lui parlaient, gloussaient ; les gens l'invitaient à manger avec eux après les cours. Il n'avait jamais cherché de contact, se contentant de ce qu'il avait. Il n'avait pas besoin des autres si Bill était près de lui avant. Mais là, il se retrouvait seul.
Bill avait toujours été là et il doutait même avoir un seul souvenir sans lui, comme s'il avait effacé tout ce qui ne l'incluait pas de sa mémoire. Dans tous les bons, les mauvais moments, son petit frère était toujours avec lui.
Mais ils n'avaient que douze ans et Bill n'allait pas rester toute sa vie la chose la plus importante pour Tom, même s'il aurait préféré que ce soit le cas. Il lui restait des années pour se faire des autres souvenirs qu'avec Bill, pour rencontrer de nouvelles personnes. Et cela semblait commencer dès maintenant, lorsqu'ils étaient séparés par obligation et qu'un chemin si différent semblait les emporter chacun de leur côté.
*
26/04/03
C'était samedi matin, onze heures, quand Tom rentra chez lui en claquant la porte, jetant ses chaussures dans un coin du hall. Il revenait d'une sortie en groupe, pendant laquelle ils s'étaient baladés en ville puis au parc. Ils avaient fait un peu de skate, aussi.
Il sortait souvent avec ses amis, revenant parfois tard, mais sa mère ne s'inquiétait pas trop – après tout, même s'il n'avait que treize ans, ils étaient sept, on le ramenait devant la porte et tant qu'il ne rentrait ni bourré, ni en possession ou usage de produits illicites, ni amoché, elle laissait passer. Simone s'était beaucoup tracassée sur le fait que les jumeaux restaient tout le temps scotchés ensemble et le revirement de situation ne la dérangeait pas, au contraire.
Bill restait de son côté assez solitaire et c'était surtout lui qui la tourmentait ces temps-ci.
Tom monta rapidement les escaliers, manquant de trébucher sur une ou deux marches, avant de rejoindre sa chambre. Elle était grande, il ne la partageait plus avec son jumeau depuis maintenant à peu près un an. Tous ses amis avaient des chambres individuelles, même s'ils avaient des frères et s½urs, alors pourquoi pas lui ? Leur mère avait dégagé une des pièces encombrées et avait aidé le blond à la remeubler.
Il posa son sac sur son lit et dégagea d'une main les dreads rebelles qui lui tombaient dans les yeux. C'était sa nouvelle lubie. Il avait vu le frère d'un de ses amis qui en avait et le soir même, il avait une vingtaine de petites saucisses dressées sur la tête.
Bill avait d'ailleurs eu la surprise de le voir rentrer à la maison avec et il avait froncé les sourcils en le voyant. Tom ne lui avait même pas demandé son avis, préférant faire confiance à ses amis. Alors Bill s'était tu, essayant d'oublier son pincement au c½ur. C'était la décision de son frère, après tout.
Un piercing à la lèvre avait vite suivi son changement de coiffure.
Tom s'étendit sur son lit. Il avait vraiment besoin de se reposer, cela faisait plusieurs jours de suite qu'il restait tard en ville et le manque de sommeil se faisait ressentir. Malheureusement pour lui, à peine quelques minutes plus tard, son jumeau rentra dans sa chambre sans frapper. Surprise. Tom détestait ça et il le savait, mais c'était un peu sa marque de fabrique.
« Bill.. » soupira Tom.
« Toc, toc. » Bill sourit, d'un sourire éclatant, tirant sur son tee-shirt bizarre que leur mère lui avait offert quelques jours auparavant. Hideux. « Tu fais quelque chose ce soir ? »
En vérité, il n'avait rien prévu, mais il avait pensé à demander à Julia s'ils pouvaient sortir. C'était sa petite amie depuis à peu près un mois déjà, mais il ne l'avait encore dit à personne, pas même à Bill - même s'il l'avait vu les espionner, du haut de sa nouvelle chambre, alors qu'ils s'embrassaient devant la maison.
« Je sais pas, Max a prévu de faire une fête. Il veut que je sois là, enfin tu vois, » expliqua Tom avec une grimace.
« Oh, okay. J'pensais qu'on pouvait aller faire un tour à Berlin, il parait qu'il y a un nouveau café cool dans le coin. »
Bill n'avait pas perdu son sourire, mais Tom voyait dans ses yeux qu'il était déçu. Ils avaient pris l'habitude de prendre le train jusqu'à Berlin, lorsqu'ils avaient un peu d'argent, et de boire un café près de la tour de télévision - où ils montaient souvent, admirant la vue à leurs pieds. Quelques mois auparavant, ils avaient eu l'habitude de faire une tournée de presque tous les cafés, rendant marteau les serveurs. Et puis, il y avait eu Julia et Max, et Tom avait eu beaucoup moins de temps libre pour Bill.
Tom ne s'en rendait compte que maintenant, et il fronça les sourcils en essayant de ne pas se sentir coupable. Il n'avait pas à être coupable. Bill était juste Bill, et Bill n'était jamais arrivé à s'ouvrir aux autres. Et il n'y avait aucune raison, pourtant - sauf peut-être le fait que toutes les personnes de l'école se comportaient comme des salopes avec lui, l'insultant dans son dos (ou pas), le traitant de sale pédé. Les injures avaient évolué depuis l'année passée, ne se contentant plus de le trouver 'bizarre'. Les amis de Tom le faisaient aussi, devant le dreadé, et qu'il puisse rester avec de tels connards blessait Bill.
Tom savait que tout le monde trouvait son petit frère étrange ; il l'avait toujours su. Au début, ce n'était que des murmures lorsqu'il traînait encore avec lui. Maintenant, les gens ne se souciaient même plus d'être entendu. Mais Bill était habitué et ne s'en souciait pas, affichant clairement sa différence.
« Dommage... Je vais appeler Andreas alors, » annonça Bill, passant une main dans ses cheveux mi-longs.
Andreas était un petit blond qui venait d'intégrer la classe de Bill depuis quelques semaines et c'était le seul qui ne le regardait pas bizarrement. Il avait du noter son numéro quelque part dans son cahier d'anglais.
Le brun fit un petit signe de la main à son frère, et s'apprêta à franchir la porte lorsqu'une voix l'arrêta. Il ne prit pas la peine de se retourner.
« T'y vas sans moi ? » dit Tom en écarquillant les yeux, surpris, fixant le dos de Bill qui lui faisait face.
C'était leur truc à eux, et ça l'avait toujours été, après tout. De quel droit Bill invitait-il le nouveau dans leur truc, sans même lui demander et sans même une once de culpabilité ?
« Euh, je... Je pensais que... » Balbutia Bill. « Il est sympa. »
Après tout, Tom avait juste montré leur endroit secret à sa copine et ils y montaient souvent pour se câliner à l'abri des regards. Il avait fait une bataille de boules de neige derrière le lac, au creux des sapins, où Bill aimait venir voir le soleil se coucher avec lui. Il avait prêté le vélo du chanteur qu'il lui avait offert lorsqu'il était parti en week-end camping avec sa nouvelle classe. Il n'avait aucune raison de faire pareil.
« Si tu veux, j'y vais pas. »
Tom se rembrunit. Il était ridicule.
« Non, vas-y, fais ta vie, t'inquiète pas pour moi. » Son ton était sec et Bill se figea, comme brûlé par ses mots.
Il ne savait vraiment pas comment réagir et Tom ne savait pas non plus à vrai dire pourquoi il avait réagi comme ça. Il avait à la fois envie de pleurer et de le frapper pour être aussi horrible avec lui. Après tout, c'était lui qui avait l'impression de perdre son frère, qui n'avait aucun ami, qui se retrouvait seul le soir avec son chat pendant que Tom était on-ne-sait-où et qui se faisait constamment insulter. Son frère ne lui disait plus rien, il ne lui avait pas dit qu'il avait eu sa première cuite deux semaines et demi avant, quand il était resté dormir chez Carl ; qu'il avait une petite amie, et il lui mentait pour ne pas rester avec lui. Mais Bill le savait, il y avait des bruits de couloir. Et c'était peut-être la pire façon d'apprendre les choses.
C'était à lui de se sentir blessé. Peut-être que Tom aussi le considérait comme un monstre. Peut-être qu'il le critiquait aussi derrière son dos. Peut-être qu'il était encore un plus gros connard que les autres. Ou peut-être qu'il était vraiment un monstre, et que c'était pour ça que personne ne l'aimait. Ça devait être ça, il n'y avait pas d'autres raisons.
S'ils n'étaient pas frères, il était sûr que Tom l'aurait déjà oublié et ne lui aurait plus jamais adressé la parole.
Il n'arrivait même pas à pleurer - les monstres ne pleuraient pas, et il passa d'un geste brusque une main sur son visage, toujours dos à son frère. Ses épaules tremblaient nerveusement, il avait l'impression qu'il allait à tout moment s'écrouler sur le sol. Et Tom n'avait prononcé qu'une seule phrase. Comment son frère pouvait-il le renier à un tel point, alors que l'année passée ils étaient toujours collés ensemble ?
« Tu veux plus de moi dans ta vie ? » chuchota-t-il.
Bill se sentait ridicule, misérable. Même s'ils étaient moins proche ces temps-ci, ça restait son frère jumeau. Il était tellement vulnérable seul.
Il repoussa la main de son frère qui venait de se poser sur son épaule. Il ne l'avait pas entendu approcher, à pas feutrés sur le parquet.
« Bill, putain... Arrête ça, t'es ridicule, » déclara Tom d'un ton égal.
Voilà, c'était ça, il était ridicule. Personne ne voulait de lui, personne ne l'aimait parce qu'il était ridicule. Sa mère peut-être, et encore. Il était ridicule. Le mot se répercutait dans sa tête et prenait un goût amer. Il était beaucoup trop sensible.
« Tu sais bien que j'veux pas ça. Tu l'sais, ça, Bill. »
Sa voix n'était qu'un murmure. Tom voyait combien ça affectait son frère et il se sentait mal pour lui. Qu'avait-il fait de mal ?
« Arrête de pleurer... »
Les doigts de Tom se replacèrent sur son épaule, le plaquant doucement contre lui. Ça faisait longtemps qu'ils n'avaient pas été aussi proches, et pour Tom, ça le soulageait que Bill puisse encore être dans ses bras sans le rejeter. Il n'avait aucune raison de le faire, de toute façon.
« Je pleure pas. » dit Bill en essuyant rageusement les larmes qui coulaient le long de ses joues. « Allez Tomi, va rejoindre tes amis. »
Il ne voulait pas qu'il ait pitié de lui. Le blond remonta lentement ses bras le long de ceux de Bill, dans une caresse aérienne. Il ne savait pas s'il pouvait toucher Bill plus, ou moins, ou pas du tout.
« T'es sûr que ça va ? »
Bill hocha la tête, alors qu'il pensait tout le contraire, faisant virevolter des mèches noires dans les yeux de Tom.
« On dirait que t'as attrapé un rhume, ou une connerie du genre. Maman t'avait dit de mettre un manteau. »
« Depuis quand t'écoutes ce que maman dit ? » Bill haussa un sourcil.
« Je le fais toujours, surtout quand c'est pour toi, » confia Tom en resserrant sa prise.
Le brun soupira d'aise, toujours dans l'étreinte de son frère. Il savait que c'était faux, mais c'était plus facile d'y croire. Ils restèrent debout pendant peut-être dix, vingt minutes, avant que Tom ne les redirigent sur son lit, où ils s'assirent face à face. Ça faisait une éternité que Bill ne s'était plus assis sur le lit de son frère.
« Ça te manque pas, parfois ? »
« De quoi, Bill ? » Il lui sourit gentiment.
Tom avait l'air tellement doux avec lui et c'était comme s'il y avait une pointe qui s'enfonçait doucement dans son c½ur. Il n'était plus jamais comme ça normalement.
« D'être avec moi. »
« Je suis toujours avec toi... » Tom passa une main sur sa joue comme pour confirmer ses propos.
« Tu sais très bien ce que je veux dire. »
Tom ignora la question en saisissant son portable sur la table de nuit. Il n'avait pas encore eu le temps d'y penser, et ce n'était pas vraiment le moment. Il avait trois nouveaux textos, deux de Julia et un de Max. Il le coupa sans les lire et posa sa main sur le front brûlant de Bill.
« T'as de la fièvre. »
« T'as pas répondu... »
Les yeux de Bill étaient suppliants et il repoussa doucement la main de Tom pour la prendre dans la sienne.
« T'es pas obligé de rester avec moi, » sourit Bill, en secouant nerveusement la tête. « Va rejoindre tes amis, Tom. »
« Tu as de la fièvre. »
« Je suis capable de m'occuper de moi seul, tu sais. » Il lâcha la main du guitariste, et s'assit au bord du lit. « J'aime bien ta chambre. » Bill inspira longuement, avant de se coucher en travers du matelas, en toute impunité. « Ça sent bon. »
« Je vais te chercher un cachet. »
Bien sûr que son petit frère était bizarre, et il ne pouvait même pas espérer le faire changer un jour. Il soupira doucement en se levant, prenant la direction de la salle de bain, où sa mère fourrait toujours tout. Il revint quelques minutes plus tard avec un verre d'eau dans lequel flottait une pastille effervescente. Bill était toujours installé au même endroit, les yeux dans le vague, et il manqua de renverser le verre sur lui quand il lui tendit. Tom aurait dû être dehors, avec sa copine, en train de lui rouler une pelle ; ou chez Max, à se saouler gentiment. Il avait tout sauf envie de devoir faire boire Bill en lui tenant la tête. Ou de changer ses draps après. Il pouvait être un gentil grand frère, mais dans la limite du respectable.
Après avoir vidé la moitié du verre, Bill se recroquevilla sur lui-même, remontant les couvertures sur lui. Il avait chaud et froid en même temps, il haïssait la fièvre et son état de faiblesse. Et il détestait le silence, plus glacial que tout.
« Pourquoi t'as honte de moi ? » Sa voix était faible, et il s'enfonça encore un peu plus dans les coussins de son frère, commençant à somnoler doucement. Il ne lui aurait pas fallu plus de dix minutes pour s'endormir, tant il se sentait apaisé.
« D'où tu sors toutes ces conneries ? »
« T'es qu'un menteur, je sais très bien que t'as honte de moi. » Sa voix était tellement douce que Tom dût se pencher pour tout entendre. Ce n'était qu'un murmure, et cela le fit tressaillir.
« C'est juste que tu es un peu... bizarre. »
« Tu voudrais que je sois comme les autres ? » Bill bailla longuement, la couverture jusqu'au nez.
Tom ne répondit pas, simplement parce qu'il n'y avait pas de réponse à sa question. Ou si, justement, il y en avait une et il avait peur de le blesser.
« Tu sais, Maman a emmené Kasimir chez le vétérinaire la semaine passée. Il avait une espèce de rhume. Peut-être que c'est lui qui te l'a refilé. »
Kasimir était le chat de Bill. Simone lui avait offert un peu plus de six mois auparavant, il avait tout de suite flashé dessus en passant devant une animalerie. Il était noir et Tom le détestait. Tom avait toujours détesté les chats, et les noirs le rendaient superstitieux.
« Ou c'est peut-être moi qui l'ait rendu malade... »
« Ce stupide chat traîne tout le temps dehors, de toute façon. Pas étonnant qu'il se ramasse des trucs comme ça. »
« Il n'était pas stupide. » Le visage de Bill s'assombrit.
« C'est une sale bête. Je me demande toujours pourquoi Maman t'a offert ce truc. »
« Elle trouvait que j'étais trop seul. » Il enfonça sa tête dans l'oreiller. « Et c'était mon ami. »
« Tu es trop seul. Si t'essayais de te faire de vrais amis... »
« C'est toi qui veut pas que j'appelle Andreas. »
« Mais je t'ai dit de l'appeler ! » Tom avait haussé la voix, ce qu'il regretta de suite après avoir vu Bill se rouler en boule sous les couvertures. « Excuse moi... Tu sais très bien que tu peux faire ce que tu veux. »
« Je veux pas faire des trucs que tu veux pas, » grogna le brun, se relevant sur ses coudes. Il frotta ses yeux et re-bailla. « J'veux juste que tu sois fier de moi. »
« Bill... »
« Je suis désolé de te faire honte, tu sais. Je voudrai pas exister et que t'aies pas honte de moi. »
Tom essaya de passer une main dans les cheveux de Bill, mais des doigts fins le repoussèrent.
« Je sais pas, ptêtre que tu devrais essayer de changer un peu, Bill. Mettre des autres vêtements, et... arrêter de te maquiller, et... être moins bizarre, enfin... » Tom se sentait horrible de dire ça à son frère, mais c'était tout ce qu'il avait sur le c½ur depuis longtemps et tout coulait hors de sa bouche avant qu'il n'ait pu le retenir. « Si tu veux, je peux te présenter à des gens, mais t'aimes pas les gens.. »
« Peut-être que s'ils étaient gentils avec moi, je les aimerais. »
« Ils te font rien, c'est toi qui es parano. » Ce qu'il disait sonnait faux.
« Ou c'est toi qui es aveugle, Tom. Je ne suis pas comme toi, tu sais. »
« Je sais. Recouche-toi, on en reparlera demain. »
C'était une tentative d'esquive, et il tenta de se relever lorsque quelqu'un lui agrippa le poignet.
« Tu me détestes, c'est ça ? Tu veux même plus me parler. » Il s'arrêta quelques secondes, le front plissé. « Tu veux pas que j'sois ton frère, hein. Si tu veux, t'as qu'à dire que j'ai été adopté, Tomi. J'dirai rien, j'te jure. » Chuchota Bill.
« Arrête... »
« J'viendrais plus t'ennuyer, j'te promets, mais me laisse pas toi aussi. S'il te plait, me laisse pas. »
Il était complètement agité, mais il faisait surtout pitié à Tom. Comment pouvait-il dépendre de lui à ce point ? Lui-même se débrouillait bien tout seul.
« Bill, regarde moi dans les yeux. »
Il garda obstinément les yeux fermés.
« Bill, regarde moi dans les yeux et dis moi que tu sais très bien que tu ne m'ennuies pas. » 'Enfin, pas tout le temps', ne put s'empêcher de penser Tom.
Il se débattit lorsque le blond prit son menton entre ses doigts pour le faire le regarder.
« Bill ! »
Ledit Bill secoua la tête et plaqua ses mains devant son visage, comme s'il essayait de se cacher du regard de Tom. Il n'avait jamais été patient et là, il avait plutôt l'impression d'étouffer dans sa chambre, comme si on lui prenait son espace vital. Il fallait repousser Bill maintenant, sinon il allait devenir fou. C'était des crises qui ne le prenaient pas très souvent, le plus souvent lorsqu'il s'énervait, mais parfois Tom devenait comme claustrophobe sans raison.
« Putain, Bill, grandis un peu ! Je serai pas toujours là pour toi ! Tu ne vois pas, tous les jours, que tout le monde te regarde ? T'es pas normal ! » Tom reprit sa respiration quelques secondes avant de poursuivre sur sa lancée, les yeux obstinément fixés sur le mur. « Je... Tout le monde se moque de toi, Bill ! Tout le monde t'insulte, et toi tu trouves ça normal ? Mes amis ont peur de toi ! Tu pourrais être comme moi si tu voulais, tu le sais très bien... Il faut juste que tu changes un tout petit peu, juste... »
Il sentait les yeux de Bill brûler sa joue tellement son regard était fort. Ils avaient perdu toute étincelle de joie qu'ils avaient pu avoir les mois, les années d'avant, et ses yeux étaient tellement noirs que ça paraissait irréel que la joie ait existé un jour dedans.
« Je croyais que tu me connaissais, et que t'étais pas comme les autres. T'es mon jumeau, tu sais qui je suis. » Bill toussa bruyamment, s'étouffant dans sa phrase. « Mais t'es juste pareil que les autres cons dehors, Tom. Et je changerai pas pour toi. »
« Bill... »
« J'ai de la fièvre, j'voudrais pas que tu tombes malade. »
Son regard crachait le dégoût, mais sa voix était tellement faible par-dessus. Il ferma les yeux, remonta les couvertures jusqu'à son cou et se retourna dans le lit. C'était sa première vraie dispute avec son jumeau, il était trop fatigué pour rester éveillé et il n'avait surtout pas envie d'affronter le regard de Tom.
« C'est ça, va rejoindre ton putain de chat. »
Le blond attrapa son portable d'une main et quitta la chambre avec l'espoir que demain, il ne se souviendrait plus de leur accrochage. La fièvre fait délirer, il n'avait qu'à miser sur ça. Bill lui avait semblé tellement fragile et il n'avait fait que l'enfoncer un peu plus, peu à peu. Il le savait, mais il avait beaucoup trop de fierté pour l'avouer ouvertement et s'excuser.
Quand il réentra dans sa chambre plus tard dans la nuit, Bill n'était plus là, et il n'y avait plus que sur son lit un mot griffonné d'une écriture tremblante.
« Kasimir est mort depuis trois jours. »
Il l'avait laissé à son tour.
*
06/12/05
C'était un mardi midi et les quatre Tokio Hotel étaient entassés dans le tour bus, à trois heures d'Hamburg, où ils jouaient un concert le lendemain soir.
Leur Schrei tour venait de commencer une semaine et ils étaient sur les routes tout le temps, voyageant de-ci, de-là à travers l'Allemagne. C'était difficile à croire, mais des gens voulaient les voir. Des gens voulaient vraiment les voir.
Bill était intenable, il ne pouvait s'arrêter de bouger, et il donnait le tournis aux autres membres. Il était surexcité par la nouvelle vie qu'il allait mener à partir de maintenant. Des gens l'admiraient. Du haut de ses seize ans, c'était incroyable.
Tom et lui étaient restés aussi proches qu'ils l'étaient un peu avant leurs treize ans, mais le dreadé savait très bien qu'il manquait toujours quelque chose. Il lui manquait le Bill d'avant, le vrai Bill. Il s'était maintes fois excusé, et Bill l'avait maintes fois ignoré, lui jetant juste un signe de tête. Ils étaient toujours au même point, plaisantant, traînant ensemble, mais il restait une barrière. Une barrière que Bill dressait contre Tom, de peur de se faire détruire encore une fois.
Après leur dispute, Bill ne lui avait plus parlé pendant peut-être une semaine, et Tom n'avait pas cherché à le forcer. Le brun ne pouvait simplement plus rester dans la même pièce que Tom sans avoir envie de pleurer - ou de lui cracher dessus, au choix. Son style s'était encore empiré au fil du temps, il avait laissé pousser ses cheveux, se maquillait de plus en plus, et il avait même pris des manières féminines. Il s'était fait un piercing à l'arcade et n'avait pas non plus demandé à Tom de venir avec lui. Basse vengeance.
Et puis, ils avaient rencontré Gustav et Georg alors qu'ils jouaient dans un petit club et Bill avait arrêté d'être bizarre - du moins de l'être tellement vis-à-vis de son frère.
Ils étaient enfin tous réveillés, assis autour de la table. Les jumeaux et Georg avaient tendance à faire la grasse matinée, encore plus depuis le début de la tournée où ils n'avaient sur le dos que David qui leur rappelait de répéter, de venir manger, de se préparer pour un concert ; et c'était dur de les avoir dans la même pièce avant le début d'après midi. Leur manageur n'avait pas vraiment le profil de la vraie mère poule et personne ne s'en plaignait.
« Les jeunes, arrêtez de bouger un peu ! Vous me donnez un putain de mal de crâne. » Georg avait été malade dans la nuit, il avait attrapé une indigestion à cause du Currywurst qu'on leur avait servi la veille avant le concert à Berlin. Il avait eu du mal à se rendormir, sa bouche était toujours pâteuse, et le manque de sommeil ne le mettait pas vraiment de bonne humeur.
Bill gloussa, continuant de faire sa manucure sur la table de la cuisine. C'était la troisième fois qu'il la refaisait depuis le matin. « Rabat-joie. »
« Je t'emmerde, » grogna Georg.
Bill lui fit un doigt d'honneur, accompagné d'un clin d'½il. Il régnait toujours une ambiance bon enfant entre les membres du groupe, depuis le début.
« On fait quoi aujourd'hui ? » demanda Gustav. Il n'avait pas vraiment l'habitude de passer du temps avec eux dans le tour bus en général, préférant sa propre compagnie.
« Rien, comme d'hab'. »
« Tu fais chier Tom, tu veux jamais rien faire ! » Georg repoussa une ou deux mèches rebelles qui lui tombaient dans les yeux. « En plus, on a rien à boire, on a tout vidé, putain. »
Georg était vulgaire quand il était de mauvaise humeur.
« Pourquoi ? Pour aller tout recracher dans les toilettes et nous les boucher trois jours de plus ? » Tom ricana, à moitié sérieux, et Bill recommença à glousser, étalant du vernis noir sur la table. « On est bientôt arrivé en plus. »
« Heureusement, je commençais à avoir besoin de pisser. C'aurait été con, sans toilettes disponibles. »
« Allez tous vous faire foutre, j'en peux rien si leurs putains de saucisses étaient indigérables. » Georg frappa dans sa banquette et la table reçu un autre coup de vernis. « Réveillez-moi quand on arrive. » Il se leva et quitta rapidement la pièce, se dirigeant vers les couchettes. Pour l'activité en groupe, c'était raté.
Bill siffla, marmonnant un « Grossier, » entre ses dents, avant d'essayer de noyer la table avec le dissolvant.
« Vous êtes vraiment des connards, les gars. Il va être d'une humeur de merde et c'est encore sur moi que ça va retomber, » leur reprocha Gustav. Il avait l'air éreinté.
Les jumeaux échangèrent un sourire avant de se retourner vers le batteur, en haussant un sourcil. Leurs réactions étaient similaires, et c'était parfois flippant.
« Ce mec n'a pas d'humour. J'en peux rien s'il a dégueulassé les chiottes. »
« Et puis, tu vas lui faire un gros câlin et tout va s'arranger, hein. » dit Bill sur un ton amusé, s'occupant de nouveau d'enlever le vernis du pouce pour en remettre. Il avait pris quatre pots de recharge pour toute la tournée.
« Voilà, tout va me retomber dessus ! » Le batteur leva les yeux au ciel, avant de se rediriger vers la sortie pour la deuxième fois.
Bill secoua sa tête et tira une cigarette hors d'un paquet de Malboro Light qui traînait sur un meuble. Il l'alluma avec le briquet qui était toujours dans sa poche et inspira longuement avant de recracher la fumée sur ses ongles frais. C'était un réflexe qu'il avait lorsqu'il était stressé, ennuyé ou soucieux. Il fumait souvent lorsque Tom était là.
« Tu devrais pas fumer ici, » souffla Tom, jetant un coup d'oeil aux couchettes. Il faisait noir et il supposa que Gustav était allé se recoucher. Le règlement était strict : pas de filles, pas d'armes, pas de fumée.
« Je me détends. »
« T'as rien foutu de la journée. »
« Et ? Je suis le chanteur, » affirma le brun comme si ça justifiait tout.
Tom ne dit plus rien, il savait que Bill ne l'écouterait pas de toute façon.
« Oh, And m'a dit de te dire que Katia aimerait bien te parler, » ajouta-t-il en faisant la moue.
« Pourquoi ? »
« Elle est désolée, blablabla. » Bill haussa les épaules. « Je sais pas pourquoi, c'est pas moi son copain. »
« C'est plus moi non plus. » Tom avait l'air de vouloir finir cette conversation le plus vite possible et il commença à lisser les plis inexistants de son tee-shirt.
« Qu'est-ce qui s'est passé ?! » Bill écarquilla les yeux. « Depuis quand ? Pourquoi tu me l'as pas dit ? »
« C'est pas important, » fut la seule réponse de Tom. Il fouilla dans sa poche dans l'espoir de se griller une clope, mais son paquet était vide.
« Je croyais que tu étais amoureux d'elle. » Bill se pencha et poussa l'épaule de son frère avec sa main. « Tu es amoureux d'elle. »
« C'est une salope, » grogna Tom.
« Qu'est-ce qu'elle a fait ? »
Il remonta ses jambes contre son torse, penchant sa tête sur le côté. Depuis leur dispute, Tom avait toujours essayé de tout lui confier, que ce soit sur ses copines ou ses problèmes. Bill ne savait pas s'il devait prendre ça pour de la pitié, de la compassion, une méthode pour s'excuser et le remettre en confiance, ou s'il avait vraiment envie de se confier à lui.
« Elle a embrassé un mec de première. Ou elle a fait plus, je sais pas, » expliqua Tom en reniflant. Il avait un rhume qui traînait depuis quelques jours.
« Elle était idiote. »
« Toutes les filles sont idiotes pour toi. » Bill haussa un sourcil et écrasa sa cigarette dans le cendrier posé derrière lui. Fumer était interdit, mais pourtant tout était prévu pour.
« Elles le sont. » Il passa un doigt sur ses ongles vernis pour vérifier qu'ils étaient bien secs. « Du moins les infidèles. »
« Je ne suis pas amoureux d'elle. Les filles me font chier en ce moment. »
« Tu mérites juste mieux qu'elle. » Bill disait toujours ça après qu'il ait rompu. Il s'y attendait à coup sûr. C'était un peu son remonte moral de voir que même s'il perdait tout, son petit frère était là pour lui redonner un peu d'estime de soi.
« Peu importe. L'amour, c'est de la merde, » soupira Tom.
« Je crois en l'amour. » Le brun essaya de se reprendre une cigarette mais Tom fut plus rapide et lui confisqua le paquet. « Tu dis juste ça parce que tu ne sais pas ce que c'est. »
« Naïf. »
Bill se pencha pour reprendre les Malboro, mais Tom le rechassa d'une tape de la main. « Connard. »
« Tu es chanteur. Tu devrais arrêter de fumer comme un trou. »
« C'est ma santé. » Ils se toisèrent un moment, se défiant du regard.
« C'est notre groupe. »
Bill leva les yeux au ciel, sans argument. Tom gagnait toujours à ce jeu-là.
« Bref, ta copine est une salope infidèle et tu te retrouves seul. »
« J'suis sûr que des dizaines de fans donneraient tout pour avoir été à sa place. »
« Bien sûr, » ricana Bill. Il se moquait de son frère, mais il savait que ce n'était pas loin de la vérité.
« Tu paries ? » Tom avait repris son air arrogant, celui qui énervait les autres membres du groupe. On aurait dit qu'il se foutait de leur gueule.
« T'es trop timide de toute façon. »
Il faisait référence à la fois où deux filles avaient approché Tom dans l'espoir de faire de nouvelles expériences - comprendre : l'avoir dans leur lit en même temps. Tom n'avait rien répondu et s'était tourné vers son frère qui riait discrètement avant de lui prendre la main et de dire 'Je suis pris' en rougissant. Bill avait hésité entre frapper Tom parce qu'elles avaient vraiment cru qu'il était une fille ou rougir. Il s'était concentré sur son café pour cacher la teinte rosée de ses joues.
« J'avais vraiment une copine. »
« Tu n'oserais rien faire avec elles. »
Tom rit doucement. « Toi non plus. »
« Je crois en l'amour. Je ne peux pas... faire quelque chose sans ça. »
« C'est pas pour ça que tu ne peux pas draguer, Bill. »
« Je sais draguer. » Il n'était sorti qu'avec quatre filles jusqu'à maintenant et c'était pour les trois quarts des rendez-vous arrangés. Le dernière, c'était l'ex de son frère qui voulait se venger. Il devait avouer qu'il n'avait pas beaucoup d'expérience, si pas aucune.
« Bien sûr. » Ce fut au tour de Tom de ricaner. « Je ne suis même pas sûr que tu sais embrasser. »
« J'ai déjà eu des copines. » Bill était crispé, il résistait tant bien que mal à ne pas plaquer sa main dans la figure de son frère.
« Tu sais ce que veut dire 'emballer' ? » se moqua le dreadeux.
Bill prit une cigarette des mains de Tom. Il en avait besoin où il allait devenir vraiment, vraiment violent.
« On verra. » Il la porta à sa bouche en la rallumant, puis posa le paquet à côté de son bras. Son frère arrivait toujours à le faire se sentir tellement inférieur à lui.
« T'inquiète, j'oublierai pas, » sourit Tom. « J'te donnerai des conseils si tu veux. »
« Non merci. » Bill fit une moue dédaigneuse.
« Mh, la règle numéro 1 : avec les filles, il faut toujours jouer dans l'ambiguïté. » Il passa sa langue sur sa lèvre inférieure, faisant bouger son piercing. « Une main sur la hanche, ou qui remonte le long du dos et puis l'embrasser dans - »
« La ferme. » Tom ne put s'empêcher de rire alors que Bill rougissait légèrement.
Il expira doucement la fumée, regardant dehors les arbres qu'ils dépassaient en roulant. Ils étaient blancs de neige, et pour Bill, la neige signifiait maison et vacances.
« C'est bientôt Noël. »
« On est que le 6 décembre, » ricana Tom. Il avait maintenant le nez plongé dans un magasine de guitares que David avait amené là pour lui.
« Maman et Scotty me manquent. La maison me manque, » soupira Bill, enfonçant sa tête dans le siège, tapotant du bout des doigts les cendres qui tombèrent dans une chaussure orpheline.
« Ça fait qu'une semaine qu'on est parti, et on revient dans une et demi. Et je suis là, moi. » Tom prit à son tour une cigarette dans le paquet, attrapant en même temps le poignet de Bill dans son autre main, caressant sa peau avec son pouce. Le chanteur se crispa à ce contact. « Ça me fait du bien de plus l'avoir tout le temps sur le dos, en plus. »
Bill fronça le nez et ferma les yeux. Ils n'avaient pas vraiment la même vision des choses.
Il bougea un peu son poignet, dans l'espoir de peut-être le libérer de l'emprise de Tom. Il n'aimait pas qu'il le touche. Il n'aimait plus qu'il le touche. C'était à lui de déterminer les limites, c'était la règle du jeu.
« Tu ne vas jamais oublier cette histoire ? » Tom soupira, haussant un sourcil.
Il y eut un grand silence, pendant lequel Tom alluma sa Malboro. Puis, Bill reprit son poignet, se leva et attrapa son portable.
« Je me suis déjà excusé. Je suis encore désolé, tu... »
« Je vais appeler Andreas, » le coupa Bill.
Tom leva les yeux au ciel. « Tu l'as appelé genre cinq fois hier. »
« C'est mon meilleur ami, on a beaucoup de trucs à se dire. »
Le c½ur de Tom se serra. « C'est mon meilleur ami aussi. »
Bill s'était d'abord beaucoup rapproché du blond après la mort de son chat. Il l'invitait partout et ils sortaient souvent au parc tous les deux. Tom avait failli devenir fou à force de le voir tout le temps et il l'avait détesté les premiers mois. Puis ils s'étaient retrouvés ensemble en groupe de deux pour un travail de bio, et Tom avait changé de comportement.
« Tu dois le faire chier à force. »
Bill lui lança un regard noir, avant de se sortir de la pièce en composant un numéro.
« C'est toi qui me fais chier. »
Tom continua de tirer sur sa cigarette, ne prêtant pas attention aux rires qui s'échappaient de la pièce mitoyenne. Même s'il se persuadait souvent le contraire, sa relation avec Bill était bizarre. Il ne pouvait pas le toucher, faire un geste déplacé ou Bill se braquait. S'il disait un mot de trop, il quittait la pièce en rogne. Il ne pouvait plus être réellement proche de lui, c'était comme s'il avait brisé toute la confiance qu'il avait en lui. Ils n'avaient plus aucune discussion sérieuse, Bill fuyait. Ils jouaient sur l'apparence de leur relation idyllique, mais ça n'allait pas plus loin que ça. S'il avait su que ça aurait été aussi loin, Tom aurait pris sur lui. Mais c'était trop tard.
S'ils n'étaient pas frères, il était sûr que Bill se serait sûrement déjà barré depuis longtemps et ne lui aurait plus jamais adressé la parole. Tom ne savait pas vraiment s'il aurait préféré ça à cette façade. Il se promit d'en parler plus tard à son frère, même s'il était sûr que Bill trouverait encore une fois le moyen de se dérober. Et ce n'était pas faute d'avoir essayé.
Longtemps après, Gustav passa sa tête par l'embrasure de la porte, fronçant le nez comme Bill une demi-heure avant.
« Putain, ça pue. »
« C'est Tom qui a fumé ! » Bill apparu derrière le batteur, un sourire aux lèvres. Il avait changé de vêtements et ses cheveux étaient encore mouillés.
« Tom, putain, t'abuses, le règlement il sert pas à rien ! » Gustav se tourna vers le brun, passant une main dans ses cheveux humides, le décoiffant. « T'aurais pas un deuxième frère guitariste de rechange ? Il fait rien de bon celui là. »
Bill gloussa encore une fois et Tom ne dit rien, se contentant de secouer la tête.
« On peut toujours demander à Georg de jouer de la flûte. Il arrêtera de manger ses cheveux en concert comme ça. »
« Un jour il va s'étouffer avec. Ce serait dommage. » Tom ricana, s'étirant paresseusement.
« Fais attention à tes dreads, petit con. » Georg était réveillé et ça ne voulait dire qu'une chose : ils allaient arriver.
« On vient d'entrer dans Hamburg, mais on a été retardé par des chutes de neige. »
Pendant un moment, chacun s'occupa de rassembler ses affaires qui traînaient dans les compartiments du bus. Bill avait un verre de jus d'orange en main et observait la neige qui tombait par la fenêtre lorsque le tour bus s'arrêta brusquement devant un hôtel. Une quinzaine de fans attendaient déjà devant. Gustav et Georg sortirent en éclaireur, laissant à Tom le soin de refermer son sac de voyage et à Bill de faire un dernier tour des pièces.
« T'es sûr qu'on a rien oublié ? » Bill tournait sur lui-même dans leur 'chambre'.
« On va qu'à l'hôtel de toute façon, on repart après demain. »
« Justement. » Le chanteur se remit à fouiller en dessous des couchettes, avant de se relever et de se diriger vers la cuisine. « J'suis sûr que j'ai oublié plein de trucs. »
Tom l'attrapa par les épaules et le stoppa devant lui. « J'vais déjà à l'hôtel, ok ? » Il se pencha et déposé un petit baiser au coin de la commissure des lèvres de son frère. « Grouille-toi. »
Puis il sortir du bus, laissant Bill les bras ballants.
Toujours jouer dans l'ambiguïté.
« Je ne suis pas une fille, » murmura Bill avant de sortir à son tour.
*
15/12/05
C'était jeudi soir et les Tokio Hotel et leur staff avaient un jour off.
Ils étaient tous bloqués à Wetzlar où ils avaient joué un concert la veille et ils étaient censés déjà être à Münster où la première partie de leur tournée finissait le lendemain, mais d'imposantes chutes de neige les avaient arrêtés et ils n'avaient pas osé reprendre la route de la journée.
A la place, ils étaient en boite et ça ne les dérangeait franchement pas plus que ça.
L'ambiance était plutôt bonne, il n'y avait encore eu personne qui était venu leur demander d'autographe ou qui les avait collé parce qu'ils étaient 'Bill, Tom, Georg et Gustav de Tokio Hotel'. C'était un jour off et ils en avaient bien besoin.
David n'avait pas réussi à leur obtenir une salle VIP - pour la simple et bonne raison qu'il n'y en avait pas dans cette boite perdue - et ils étaient mêlés au reste du monde.
Bill prit son verre en main et descendit quelques gorgées, scrutant la salle autour de lui. Des gens dansaient au son d'une musique techno et des autres à moitié saouls se traînaient sur les banquettes. Il avait perdu les autres membres du groupe un peu plus tôt dans la nuit, et il était désespérément seul.
Il soupira, passant une main dans ses cheveux remplis de gel. C'était dans ces moments qu'il se rendait compte que sans les autres, il n'était rien. Il n'était pas capable de se trouver quelqu'un avec qui finir la soirée, alors qu'il était sûr que son frère avait une panoplie de filles accrochées à son bras. Il avait montré un enthousiasme démesuré à l'idée de sortir et Bill était presque certain qu'il voulait oublier Katia.
Il vida son verre et s'apprêta à aller au bar s'en chercher un autre lorsqu'une main s'accrocha à son poignet, le retenant. Une jolie brune se tenait devant lui, un sourire aux lèvres.
« Tu m'offres un verre ? »
Sa voix était douce et elle sentait la poire. Bill la suivit, sans hésiter. Ils s'assirent au bar et elle prit un whisky coca, Bill se contentant d'un Red Bull.
« Alors, comment tu t'appelles ? » demanda-t-elle, sirotant sa boisson. Bill avait l'impression qu'elle savait très bien comme il s'appelait, il y avait quelque chose de troublant dans ses yeux.
« Bill. Et toi ? » Il avala quelques gorgées de son verre et il avait déjà l'impression que sa tête tournait. Il se rassit au fond de son siège, regardant distraitement la fille qui lui faisait face.
« Anja, » murmura-t-elle, portant une nouvelle fois la boisson à ses lèvres. « Pas comme si ça avait une quelconque importance. »
Bill haussa les sourcils. « Pourquoi ça ne serait pas important ? »
« Je sais qui tu es. » Elle posa une main sur sa cuisse, se rapprochant de lui. « Tout le monde sait qui tu es, ici. »
« Oh, » souffla le brun, les sourcils froncés. « Eh bien, on est pas si incognito, finalement. »
Anja gloussa, faisant tomber une mèche brune devant ses yeux. « Attends, regarde autour de toi. T'as vu toutes les filles qui me tuent du regard ? » Le brun se retourna et déglutit. Il y avait vraiment des filles qui les regardaient bizarrement. « Tu es Bill Kaulitz. »
« Je suis juste Bill Kaulitz, » marmonna Bill, reprenant une autre gorgée.
« Des filles tueraient pour être à ma place. » Anja remonta sa main le long de sa cuisse, la laissant posée là.
« Pas à ce point, » sourit-il. Il se sentait vraiment à l'aise, et il commençait à rougir alors que la main baladeuse se rapprochait de plus en plus. Tom avait raison, il ne savait vraiment pas draguer et ça le rendait fou de l'avouer. « Nos fans sont juste particulières. »
« Violentes, » dit Anja en fronçant le nez. Elle avait raison, sur certains points. La main disparut soudainement de sa cuisse, se replaçant sur le bar où elle ressaisit sa boisson. « Alors, qu'est-ce que tu fais dans le coin, Bill Kaulitz ? A part te saouler en solitaire ? »
« Rien, j'imagine. Je suis juste en journée libre. »
« Rien d'autre dans ta vie palpitante de rock star ? » Elle passa une main dans ses cheveux, les plaquant derrière ses oreilles. « Je pensais que tu pouvais genre aller détruire toutes chambres d'hôtel du coin avant d'aller te saouler en dévergondant des petites filles innocentes. »
Bill lui sourit. « Je ne suis pas comme ça. »
« C'est ce que je ferais, moi. » Elle finit son verre et en redemanda un autre, un sourire malicieux aux lèvres. « Tu es trop gentil. »
« Bill peut être une vraie peste quand il veut, » intervint une voix derrière eux. Tom.
Le chanteur lui donna un coup dans l'épaule, se retournant vers lui. « Tu viens de casser toute ma couverture ! »
Aux côtés de Tom se tenait une jolie fille blonde. Elle avait l'air vieille, tellement plus vieille que Tom. Il ne fit aucun commentaire.
Tom se pencha sur lui et Bill sursauta quand il sentit le souffle de Tom près de son oreille, qui lui murmurait quelque chose. « Alors, tu sais vraiment draguer ? »
Il tressaillit, murmurant à son tour quelque chose. « Étonné ? »
« Après tout, tu es mon frère. » Tom rit doucement dans son cou. « Mais ça ne prouve rien. Le premier qui la ramène dans sa chambre a gagné. »
« Je ne suis pas comme ça, » marmonna Bill. « Je ne baise pas à droite et - »
« Tu n'es pas obligé de faire quelque chose. » Tom se redressa. « Et puis, si tu gagnes, je te jure que tu peux faire ce que tu veux de moi pendant qu'on est à la maison. »
Bill lui sourit, amusé. « Tu vas perdre. »
« Et si je gagne, je fais ce que je veux de toi aussi. »
« C'est ton jeu. » Il savait qu'il allait perdre, Tom était tellement plus doué que lui pour ça. La main de Tom se posa sur son bras et le caressa doucement, comme pour le faire changer d'avis. Et ça marcha. « Pendant un week-end, pas plus. »
« Bien. » Tom se redressa complètement, jetant un regard à sa compagne avant de saluer Anja. « Bonne soirée et bonne chance. »
Lorsqu'il fut partit, la brune souleva un sourcil interrogateur. « Bonne chance ? »
« Un truc de jumeaux, » expliqua Bill, levant les yeux au ciel. « Il est juste timbré. »
« Attends, c'est vraiment ton jumeau ? » Elle se retourna plusieurs fois vers Tom avant de regarder fixement Bill. « Vous ne vous ressemblez pas. »
« Tu ne connais pas vraiment notre groupe, hein ? » Il lui sourit, lui tendant la main. « Pour te pardonner, tu veux bien aller danser avec le célèbre Bill Kaulitz ? » Il avait bien l'intention de réussir son pari, coûte que coûte. Pour une fois, il avait décidé de battre Tom à son propre jeu.
« Bien sûr. » Elle fit la moue, finissant son verre avant de le reposer sur le comptoir. « T'as intérêt à ne pas me marcher sur les pieds, ou je jure que je casse ta réputation en balançant tout aux médias. »
« Sournoise, » sourit Bill, plaçant sa main sur sa taille. Il essayait d'appliquer les conseils de Tom, mais il se sentait tellement ridicule. Il se sentait toujours ridicule face à son frère.
Ils dansèrent un long moment, les mains de Bill se baladant dans son dos, sur ses hanches, sa taille, mais il n'osa pas dépasser la barrière de son jean. Il était sûr pourtant que Tom n'aurait pas hésité, lui. Sa confiance en lui redescendit encore un peu plus, il se sentait presque gêné de danser avec une fille. Il n'était pas fait pour ça, il était fait pour rester seul chez lui avec les autres qui l'insultaient et Tom qui faisait pareil en cachant son jeu.
Ce fut Anja qui prit les devants et qui l'embrassa la première. A partir de là, les choses se gâtèrent rapidement.
Ses lèvres étaient douces, elles goûtaient la fraise - ou la framboise, et Bill se laissa aller à répondre à son baiser. Il n'avait jamais embrassé beaucoup de filles dans sa vie, à part ses copines et il devait avouer que c'était foutrement bon. Il entrouvrît sa bouche et passa sa langue sur la lèvre inférieure d'Anja, la taquinant du bout des dents. Il ferma les yeux quand leurs langues se rencontrèrent, créant un fourmillement dans son ventre. C'était mouillé, mais bon. Bill se laissa aller à passant ses mains sur les fesses de la jeune fille, continuant de l'embrasser profondément.
Ce qu'il n'avait pas prévu, c'est qu'elle se dégagerait de son emprise, plaquant sa main devant sa bouche. Bill tourna au rouge et avait envie de s'enfoncer sous terre. Il ne savait vraiment pas draguer.
« Je... Je suis désolée. » Anja semblait choquée, les yeux écarquillés. Bill fronça un sourcil. Elle avait pourtant flirté avec lui toute la soirée, posant sa main sur sa cuisse, se frottant contre lui.
« Ouais, moi aussi, » soupira Bill. Les filles étaient définitivement trop compliquées.
« Tu es Bill Kaulitz, » dit-elle en baissant les yeux, gênée. « Mais je ne suis pas une fille facile. »
« Tu m'embrassais et tu dansais avec moi, » répondit Bill en haussant les épaules. « Qu'est-ce que tu veux, vraiment ? »
Anja passa une main dans ses cheveux, avant de croiser les bras. « Tu n'es juste... pas mon style. » Elle s'avança et toucha son coude. « Je suis désolée, je n'aurais pas du t'embrasser. »
« C'est quoi le problème avec mon style ? » demanda Bill, prêt à se tourner et à repartir dans sa chambre d'hôtel. Pourquoi aucune fille ne voulait de lui ? Il ne pouvait pas gagner, une seule petite fois ? « C'est quoi, ton style ? »
Anja rebaissa les yeux, enlevant son bras du coude de Bill. « C'est... Je suis plus du genre de ton frère. »
« Tom ? » D'un côté, ça faisait encore plus mal de savoir qu'il n'arrivait à se prendre aucune fille parce qu'elles préféraient Tom. Il savait qu'il n'aurait pas dû demander, il n'avait même pas envie d'entendre la réponse. Parce que c'était encore et toujours Tom qui gagnait, comme d'habitude. Il se promit de ne plus approcher une fille de plus de cinq mètres et de ne surtout plus jamais la présenter à son frère. « Mais je suis son jumeau, je suis pareil que lui ! »
« Tu es trop maquillé pour moi, » rougit-elle, baissant encore plus les yeux. « Désolé. »
Bill n'arrivait pas à croire qu'il se faisait encore attaqué sur son maquillage. Il était juste normal, un peu plus extravesti. Après tout, Tom se noyait dans des fringues trop grandes pour lui. Mais apparemment, ça plaisait aux filles.
« Va le trouver, je suis sûr qu'il sera content de voir une autre fille accrochée à lui, » grogna Bill, avant de quitter la foule. Il passa devant David et lui fit signe qu'il rentrait à l'hôtel et il reçu juste un signe de tête en échange. Il avait l'impression d'avoir trop bu et sa tête était lourde. Et il avait perdu encore une fois. Est-ce qu'il pouvait juste être considéré comme normal, et que les gens l'aiment comme ça ?
Bien sûr que non, il n'avait jamais été normal et n'avait jamais voulu l'être, et Tom était tout son contraire. Tout le monde l'adorait, lui.
Il passa sa carte magnétique dans la porte qui s'ouvrit dans un click et alla s'allonger sur son lit. 'Cette soirée était vraiment pourrie,' pensa-t-il, amer.
Maintenant, il allait devoir être au service de Tom pendant deux jours et il ne savait pas à quoi s'attendre, son frère était tellement tordu. Il allait sûrement devoir faire la vaisselle, son linge, et d'autres choses chiantes que le dreadé ne faisait jamais. Il était vraiment dans une merde profonde et il n'avait plus aucune confiance en lui. S'il n'arrivait pas à draguer des filles, que lui restait-il ? Il était sûr que Tom le détestait, sous tous ses faux semblants, même s'il s'était excusé des dizaines de fois. L'idée de se retrouver seul le fit frissonner dans son lit. Il ne pouvait compter que sur lui même, il le savait maintenant.
Il était sur le point de s'endormir quand son portable vibra. Nouveau texto de Tom.
« tes ou ? »
Bill se renfonça dans son oreiller, soupirant. Il n'avait vraiment pas envie de lui parler maintenant, pour qu'il se moque de lui.
« dans la chambre. »
Il fit passer son tee-shirt au dessus de sa tête, décoiffant ses pics. Il n'avait pas envie de s'endormir poisseux dans ses vêtements de la veille.
« seul ? »
Bill soupira, hochant silencieusement la tête. Il n'y avait que Tom pour l'enfoncer plus bas que terre alors qu'il était déjà au sol.
« oui et toi ? »
Il était sûr que non, qu'il avait gagné. Que Tom l'avait bien baisée et qu'il devait bien rire de lui en pensant que la seule fille qui était venue lui parler n'avait même pas voulu l'accompagner dans sa chambre, parce qu'elle le préférait.
« elle vien de partir. quest ce qui s'est passé ? »
Il n'avait pas envie d'en parler. Il tira sur son pantalon, le jetant au sol.
« je pensai qu'elle était allé te retrouver. »
Il fit un rapide passage par la salle de bain, se dévisageant dans le miroir. Il n'était quand même pas si mal que ça, si ?
« non pourquoi ? »
Tom était au courant, il devait être au courant. Il voulait juste que Bill lui redise, pour qu'il puisse lui cracher dessus encore un peu plus. Toujours un peu plus.
« elle te préférait. elles te préfèrent toutes. »
Bill commença à se démaquiller face à son reflet, délicatement. Il avait des cernes sous les yeux, et il détestait ça.
« ooh elle a pas voulu de toi ? »
Connard.
« personne ne veut de moi. »
Il coiffa ses cheveux délicatement, grimaçant en sentant le gel qui s'accrochait à la brosse. Il n'était pas d'humeur à prendre une douche, tant pis pour ses n½uds.
« elle était juste idiote. »
Il fronça les sourcils, commençant à enlever ses bijoux qu'il posa sur le bord de l'évier.
« elle a raison. »
Il se regarda une fois de plus dans le miroir, essayant de voir ce qui le changeait vraiment de Tom. Ils avaient presque le même visage, à part leurs piercings et leurs cheveux.
« tu sais très bien que non. »
Il enleva délicatement son anneau à l'arcade, le posant à côté de ses autres bijoux. Tant pis si ça faisait mal quand il le remettrait le lendemain. Il en avait juste besoin.
« tu ne pense plus que je suis un monstre ? »
Il releva ses cheveux noirs de devant son visage, les tenant sur le dessus de sa tête. La teinture noire commençait à s'enlever et on pouvait apercevoir les racines blondes. Il devait repasser d'urgence chez le coiffeur.
« commen tu peu penser une chose pareille ?? »
Il tendit la langue et retira la bille d'argent qui s'y trouvait. Il la regarda un moment avant de la poser à côté des autres et de se rediriger vers son lit.
« parce que j'en suis un. »
Ill éteignit son portable et se rallongea sur le matelas. Il avait pour une fois une chambre à lui tout seul, la plupart du temps il en partageait une avec son frère. Ils étaient jumeaux après tout, c'était normal qu'ils soient ensemble. Ils étaient jumeaux, ils étaient pareils, et pourtant.
Bill n'avait jamais eu plus envie d'être exactement comme Tom qu'aujourd'hui.
*
22/12/05
C'était un vendredi et ils avaient fini la première partie de leur tournée de décembre. Les jumeaux étaient rentrés chez eux, à Loitsche, depuis moins d'une semaine et profitaient de vacances méritées.
C'était ce week-end que Bill devait être au service de Tom, juste avant Noël.
La maison était décorée en conséquence, remplie de guirlandes rouges et dorées, et un sapin se dressait au milieu du salon. La famille Kaulitz ne faisait rien à moitié.
« Mes chéris ! Venez m'aider à ranger les courses ! »
« Bill va venir t'aider ! » marmonna Tom.
Le brun grogna un « Stupide pari, » et se leva du canapé où il était installé à côté de son frère, en train de regarder la télé. Leur clip était déjà passé sept fois depuis le matin.
« J'arrive Maman. »
Depuis le pari, Bill s'était enfermé dans une espèce de bulle, s'éloignant encore plus de Tom, si c'était possible. Le dreadé avait essayé de lui parler, au début, mais il s'était heurté à un mur. Il savait qu'il y avait un problème depuis le soir du pari. Bill avait complètement foiré le concert du lendemain, à Münster. Il était arrivé en retard, ne s'était pas approché de Tom et avait comme totalement zappé son public. Et il semblait que tout le monde l'avait remarqué.
Ils étaient censés faire encore quelques jours de promos mais David les avait rapatriés chez eux jusqu'en mi-janvier après une dernière interview, ne voulant pas risquer de mettre en péril leur pub à cause du 'coup de pompe' de Bill.
Tom entendit les bruits dans la cuisine alors que Bill maugréait à voix basse en ouvrant puis refermant le frigo. Bien qu'il avait dit le contraire à son frère, l'ambiance de la maison lui manquait énormément. Son chien lui manquait, sa chambre aussi. Mais il avait beaucoup trop de fierté pour l'avouer, bien sûr. Et puis, il avait Bill avec lui, et même s'il ne lui parlait plus, c'était quand même Bill, son petit frère qui lui en voulait toujours. Il s'était promis de se faire vraiment pardonner et Tom savait très bien qu'entre lui et Bill, c'était lui qui obtenait ce qu'il voulait.
« Connard, le week-end commence demain, » grogna Bill en se rasseyant à côté de lui.
« C'est toi qui me disais toujours que la semaine finissait le vendredi, » répondit Tom d'un ton amusé.
« On allait en cours. On avait fini de travailler, putain. »
« Tu préférais que le week-end commence lundi, quand on avait fini de travailler ? »
« Okay, okay, t'as gagné, » siffla Bill, étendant ses jambes sur la table du salon.
Ils regardèrent silencieusement la télé pendant une dizaine de minutes, Bill se mettant le plus loin possible de son frère sur le canapé. Comme s'il avait soudainement peur de lui.
« J'ai bien envie d'un massage de pieds, » ricana Tom, se tournant vers lui. Il haussa un sourcil en voyant la distance à laquelle son jumeau se trouvait. « T'es penses quoi ? »
« Que t'es vraiment chiant, » grommela le brun. « Plus tard, laisse moi au moins un peu profiter de mes vacances. »
Tom se tut et Bill sortit une cigarette de sa poche qu'il fuma tranquillement.
*
Il était dix-neuf heures quand Bill entra en trombe dans le salon, faisant sursauter Tom qui jouait de la guitare.
« Maman ne veut pas fêter Noël avec nous, » dit le brun d'un ton paniqué.
Tom plissa le front, jouant un autre accord. « Qu'est-ce qu'elle t'a dit ? »
« Elle a dit qu'on était assez grands, qu'on avait pas besoin d'eux tout le temps, et... et... » Il commença à faire les cents pas. « Et que Gordon avait eu des places pour Paris grâce à son boulot et... » Il prit une voix mélodramatique, écarquillant les yeux. « Et qu'on allait devoir fêter Noël sans eux. »
« C'est cool pour eux, » déclara Tom, haussant les épaules. « Je vois pas le problème. »
« C'est logique, tu n'étais jamais là ! » Bill semblait au bord de la crise de larmes. « J'ai toujours fêté Noël avec eux ! Je... et maintenant, je... Putain, Tom ! »
« C'est bon, ça va aller, j'te ferai à manger si tu veux. »
« Tu comprends pas ! » cria presque Bill d'une voix aigue. « J'm'en fous, t'as qu'à sortir avec tes copains, comme d'habitude ! Mais ils seront pas là ! »
« Calme toi. » Tom parlait d'un ton neutre, comme si ça lui était égal. « Tu n'es plus un bébé, Bill. »
« Je sais, mais... » Bill parlait précipitamment, faisant de grands gestes autour de sa tête.
« Tais toi. »
Le ton de Tom était doux et brusque à la fois, d'une voix qui fit tordre le ventre de Bill et qui le fit taire automatiquement. Il pouvait faire ce qu'il voulait de lui, c'était le deal.
« Viens ici, s'il te plait, » lui intima Tom.
Bill avança de quelques pas, pas très sûr de lui. Mais il ne pouvait rien contre son frère, comme d'habitude.
Tom le prit délicatement dans ses bras, le serrant contre lui, et Bill se tendit, mais ne dit rien. Il devait faire ce que son frère voulait, et il se sentait tellement impuissant. Il avait besoin de tendresse.
« Ça va aller, ok ? » Tom le serra encore un peu plus contre lui et une de ses dreads caressa la joue de Bill. « On sera tous les deux, je vais pas partir et on va passer un très bon Noël. »
Le blond lui embrassa délicatement la joue, et Bill tressaillit. Il se sentait tout d'un coup encore tellement inférieur, il n'avait même pas réussi à rester à la distance qu'il avait établie dans sa tête entre Tom et lui. Il se dégoûtait lui-même tellement il avait besoin de la douceur qu'il s'était refusée avant, de peur d'être blessé. Et il savait qu'il finirait quand même par être blessé, c'était de Tom qu'on parlait, et de son petit frère qui ressemblait à un pédé.
Il se resserra dans l'étreinte, posant sa tête dans le cou de son frère. Il avait besoin de son frère jumeau, plus qu'il ne pourrait jamais l'avouer, parce que Tom n'avait simplement pas besoin de lui.
« Serre-moi dans tes bras, Bill, » murmura Tom à son oreille.
Et contre toute attente, Bill le fit. Peut-être parce qu'il était faible mentalement à ce moment là et que c'était le seul à qui il pouvait se rattacher, Gordon et sa mère l'abandonnant à leur tour.
Le dreadé se dégagea doucement, prenant la tête du brun entre ses doigts.
« Bien, » sourit-il, avant de déposer doucement ses lèvres sur ses jumelles.
C'était un geste d'affection qu'ils avaient eu l'habitude de faire très jeune, mais ils ne l'avaient plus fait depuis genre sept ou huit ans. C'était leur symbole, leur 'je t'aime'. Bill sursauta en écarquillant les yeux, mais ne se recula pas. C'était le deal.
Le contact était doux, tendre et chaud, comme si Tom voulait se faire pardonner de quelque chose. Et Bill savait très bien ce qu'il avait à se faire pardonner.
Le blond se recula, caressant doucement les cheveux noirs et se retourna pour quitter la pièce.
Plus tard, Bill s'endormit sur le canapé, la main sur sa bouche.
*
23/12/05
C'était samedi, dix heures, quand Bill était à sa fenêtre, regardant la voiture s'éloigner dans l'allée.
Il se retrouvait seul jusqu'à mardi avec son frère, et il se sentait stressé et confus. Le baiser de la veille l'avait beaucoup remué et il ne savait vraiment pas quoi attendre de son frère aujourd'hui. Mais il avait promis.
Il sentit une main se poser sur son épaule et frissonna. Il savait que c'était Tom. Ça ne pouvait être que lui. Il se sentait piégé, comme un animal pris entre les filets du chasseur.
La main le retourna doucement et le visage de son frère lui sourit. « Bonjour, » dit-il d'une voix endormie. « Bien dormi ? »
Bill avait envie de lui crier que non, et que tout était de sa faute, à cause de son stupide baiser. Il se contenta d'hocher la tête. « Ça pouvait aller. »
Tom s'approcha à son tour de la fenêtre, regardant la place vide devant la maison. « Ils sont partis, » soupira-t-il. « Ils ne m'ont même pas dit au revoir. »
Bill aperçut comme une note de tristesse dans sa voix. Il avait du rêver. « Tu dormais. »
« Je n'ai pas réussi à beaucoup dormir. » Il bailla, comme pour confirmer ses propos. « Je pensais à toi. »
Bill tressaillit, il se sentait faible sous les mots de son frère. « Oh. »
Le dreadé s'écarta de la fenêtre et le regarda sérieusement. « Tu ne m'as toujours pas dit ce qu'il s'était passé avec Anja. »
« Il ne s'est rien passé. »
« Ne me mens pas. » Son ton était strict. « Raconte moi. »
C'était tellement injuste, il utilisait son pari comme moyen de pression. « Elle m'a embrassé, » confia Bill.
« Et tu étais tellement nul qu'elle t'a jeté ? » le taquina Tom. Bill se rembrunit.
« Non. Je n'étais juste... pas son style. »
Tom haussa les sourcils. « Tu viens de me dire qu'elle t'avait embrassé. »
« Elle l'a fait, » répondit-il en faisant la moue. « Avant de me dire que j'étais trop maquillé pour elle et qu'elle avait envie de te baiser. » Il baissa les yeux au sol. « Et puis, ce n'était pas important. J'ai juste perdu. » Il mentait, c'était terriblement important pour lui. Y avait-il seulement une seule personne sur terre qui le préférait à son frère ?
« C'était juste une salope, le genre de filles qui t'approche parce que tu es célèbre. »
« Elle était mignonne, » grogna Bill.
« Tu es trop naïf, Bill, » murmura Tom, attendri. « La plupart des gens sont tous des salops qui te veulent du mal, c'est comme ça. » Il le rapprocha de lui et déposa un baiser sur sa joue. « Mais je suis là, d'accord. Je ne te veux pas de mal. »
Tom descendit et l'embrassa doucement dans son cou, avant de les placer front contre front. Bill hésitait entre partir en courant ou se laisser faire. Il se sentait comme un pantin entre les bras de son frère. « Tu m'en as déjà fait. »
Tom baissa la tête, inspirant profondément. « Je me suis déjà excusé. »
« Je ne te crois pas, » marmonna Bill entre ses dents.
Le blond avait l'air blessé. « Comme tu veux. » Il appuya son nez contre celui du brun, les frottant légèrement ensemble. « Embrasse moi, s'il te plait. »
Bill chancela, ne s'y attendant vraiment pas. Il avança sa bouche, obéissant à l'ordre de son frère, posant doucement ses lèvres sur sa joue. Il savait que Tom n'avait pas voulu dire ça, mais il ne pouvait simplement pas faire le premier pas.
« Pas là, » sourit Tom tendrement, avançant sa bouche lui-même, touchant doucement les lèvres de son frère. Il resta un instant sans rien faire, juste posé dessus, avant d'entrouvrir les dents et de passer sa langue sur le gloss de Bill. Bill avait pris l'habitude de mettre du gloss et Tom remerciait pour une fois l'idée farfelue de son frère.
Le brun hoqueta dans le baiser, avant de rouvrir les yeux précipitamment. Son frère l'embrassait, l'embrassait vraiment, pas de la façon innocente qu'ils avaient avant. Cela le choqua tellement qu'il faillit s'étouffer avec sa propre langue.
Tom se recula d'un pas et rit lorsqu'il aperçut les plaques rouges sur les joues de son frère. Il savait que Bill n'était pas prêt à plus, et ça lui suffisait. Il voulait lui montrer qu'il tenait à lui.
« Je sors, j'vais faire des autres courses, Maman a acheté que des légumes. » Il lui déposa un autre baiser sur la joue, lui faisant un léger clin d'oeil.
Bill entendit la porte claquer et resta figé pendant une dizaine de minutes avant de secouer la tête et de soupirer.
*
24/12/05
C'était dimanche, et Tom était sorti un peu se balader.
Il était trois heures quand Tom rentra, déposant ses paquets sur la table.
Il avait un peu traîné en ville, se promenant dans les rues, passant devant les magasins. Il avait évité le bus pour aller à Magdeburg, se contentant de marcher. Ils n'avaient pas encore été reconnus pour le moment et il faisait tout pour que ça n'arrive pas. David n'avait dit à personne qu'ils étaient rentrés chez eux, et ça faisait du bien un peu d'anonymat. Ils n'étaient pas beaucoup sortis de chez eux non plus en une semaine, et c'était peut-être pour ça que personne n'avait prêté attention à eux.
Il commença à ranger ses sacs dans les armoires. Il aurait très bien pu demander à Bill de le faire, mais il ne le voulait pas. Il savait qu'il pouvait faire ce qu'il voulait de lui, et le faire ranger les courses ne rentrait pas dans la catégorie 'se faire pardonner de Bill'.
« Je pensais que c'était à moi de faire ça, » intervint une voix derrière lui. Bill s'était changé et avait recoiffé ses cheveux en pics. Il avait aussi mis un peu de maquillage, et il semblait être sorti de la douche peu longtemps avant.
« Je te laisse un peu de repos, » répondit Tom, continuant de ranger. Le chanteur avait de quoi être étonné, Tom ne rangeait jamais les courses.
« Tu as une idée derrière la tête, toi, » grogna Bill avant de prendre une pomme sur la table. « T'as mis longtemps à revenir, » dit-il en croquant dans le fruit.
« Je marchais, ça fait du bien de pouvoir sortir sans se faire harceler. »
« Plains-toi, » ricana Bill. « Sans le groupe, tu devrais encore aller au lycée, tous les jours. »
« Je pourrais travailler, » répondit-il en haussant les épaules. « Ou je pourrais donner des cours de guitare à des petites filles qui ne résistent pas à mon charme. » Bill se sentit concerné et frissonna.
Le brun continua à mordre dans sa pomme, une main sur la hanche. « Tu ne sais même pas ce que travailler veut dire. »
« Ce n'est pas moi qui séchais les cours, » souffla Tom, un sourire amusé sur les lèvres.
« Tu sais pourquoi je séchais les cours, » marmonna Bill, l'air absorbé par sa pomme. Il avait été tellement rejeté en cours qu'il en séchait un sur cinq. Il avait failli se faire virer, mais Tom avait promis qu'il le prendrait en main. Il ne le fit jamais, mais le chanteur avait fait un effort pour ne pas que son frère le déteste aussi.
Le dreadé passa sa langue sur sa lèvre inférieure, se sentant tout à coup complètement con. Il ne répondit pas, continuant de se mouvoir avec ses paquets. Il entendit la porte de la cuisine se fermer et lorsqu'il se retourna, son petit frère avait disparu. Il avait encore réussi à le blesser.
« Bill ! J'ai mal au dos ! » cria le dreadé dans les escaliers, quelques minutes plus tard.
« Monte ! » lui répondit la voix hésitante de son frère. Il grimpa doucement les marches, jusqu'à rentrer dans la chambre du brun. Il poussa la porte et le vit assis sur son lit, dos à la porte. Il s'avança doucement et posa ses mains sur ses épaules.
« Tu me fais un massage ? »
« Installe toi, » grommela Bill, se reculant contre le montant de son lit. Tom s'assit prestement dessus en tailleur, devant lui.
« Putain, t'es dur, » déclara Bill en commençant à serrer ses épaules. « Qu'est-ce que t'as foutu ? »
« J'ai porté les courses. » Bill serra un peu plus fort et Tom grimaça.
« Petite nature, » ricana le chanteur. Il le massa dans le cou, descendant dans son dos, s'arrêtant à la limite du boxer de son frère. Tom soupirait sous lui, faisant quelques fois des bruits qui encourageaient Bill à continuer. Des soupirs, des petits gémissements. Tom avait l'air d'avoir réellement mal au dos.
Bill déposa sa tête dans le cou du blond en continuant de lui masser le dos. Il avait toujours adoré masser, et tout le monde lui disait tout le temps qu'il était doué pour ça. Tout le monde incluait sa mère et Gordon, et peut-être la voisine quand il avait dix ans. Il souffla un peu dans le cou de Tom et rit en le voyant frissonner. Il avait tellement rêvé de cette proximité, mais il avait juste été ignoré en retour.
Il n'avait toujours pas totalement confiance en son frère et en ce qu'il pouvait lui faire après, mais il se laissa aller, fermant les yeux contre sa peau.
« Tu as encore mal quelque part ? »
« Oui, » lui dit calmement Tom, le ramenant à la réalité. Le dreadé embrassa doucement ses paupières avant de saisir une de ses mains et de la descendre progressivement sur son corps. Sa pomme d'Adam, son torse, ses muscles, son nombril, sa boucle de ceinture. Son érection.
Il tressaillit et crispa sa main, la resserrant en même temps sur le membre dur, ce qui arracha un soupir à Tom. Il était comme paralysé, ne sachant pas quoi faire.
« N'aie pas peur, » murmura Tom, le regardant avec des yeux attentionnés.
Bill loucha sur sa main, avant de s'enfuir de la pièce en claquant la porte.
*
Il était vingt-deux heures quand Bill entra dans la chambre de Tom en soupirant.
« Tu m'as appelé ? » demanda-t-il d'une voix douce.
Ils ne s'étaient pas recroisé depuis la scène de la chambre tout à l'heure et Bill espérait secrètement que Tom le laisserait tranquille jusqu'au lendemain, quand le pari serait fini. Mais il avait reçu un texto et s'était traîné jusqu'à la chambre de son frère.
« Tu me dois un massage pour les pieds, tu te rappelles ? » Tom était installé sur son lit, étendu, et il souleva un pied en parlant.
Bill leva les yeux au ciel. « Tu fais chier, tu peux pas appeler une des tes petites copines pour qu'elle puisse te le faire ? »
« Tu es à mon entier service jusqu'à demain, je profite, » rit Tom.
Le brun s'approcha doucement du matelas, avant de s'asseoir dessus. Il dirigea une main hésitante vers le pied levé et le prit entre ses mains. Il avait toujours eu une sainte horreur pour tous les pieds, les trouvant grossiers et mal foutus, et il soupçonnait son frère de l'obliger à faire ça car il savait que ça le dégoûtait. Mais il n'y opposa aucune résistance, se contentant de faire ce qu'on lui demandait. Les pieds de Tom étaient doux et chauds, et ils ressemblaient aux siens. Il décida qu'il pouvait faire avec.
Il commença par doucement masser la plante du pied, avant de remonter vers les orteils, alors que Tom soupirait de plaisir sous lui. C'était une nouvelle expérience. Tom avait les traits détendus, il avait enlevé sa casquette et son bandeau. En fait, il ne portait presque jamais sa casquette à la maison, autant que Bill ne portait pas de maquillage.
Il continua sur l'autre pied, massant pendant une bonne vingtaine de minutes, puis se rassit convenablement sur le bord du lit.
« Viens ici, » demanda doucement Tom, tapotant la place qu'il restait à côté de lui sur son lit. Bill s'avança, et il se retrouvèrent serrés l'un contre l'autre. Son matelas n'avait jamais été très grand.
« Autre chose ? Il ne te reste plus que deux heures. »
Bill priait pour qu'il dise non et qu'il puisse partir dormir dans sa chambre. Il se sentait tellement mal à l'aise ici, comme s'il n'y avait pas sa place. Il avait évité cette pièce de la maison depuis qu'il s'était disputé avec son frère.
« En fait... » Tom souffla doucement contre l'oreille de Bill, alors qu'il posait sa tête sur sa poitrine. « Oui. »
Le brun releva la tête, un air interrogateur peint sur le visage. Il n'arrivait même pas à se sentir déçu, il n'avait pas eu beaucoup d'attention de la part de son frère à partir de ses treize ans, et ce trop plein lui convenait parfaitement. Mais il n'arrivait pas à oublier le sentiment qui grandissait à l'intérieur de lui, ce malaise qui lui disait 'Il va te jeter' et il s'en voulait à lui-même.
La bouche de Tom se posant sur la sienne l'interrompit dans ses pensées et il se laissa aller à répondre au contact, pressant ses lèvres un peu plus fort. Tom avait déjà fait tomber tellement de ses barrières durant le week-end et il se sentait progressivement fondre contre son frère.
La langue du blond passa doucement entre ses dents, allant suçoter gentiment la lèvre de son jumeau. Il la taquina légèrement, appuyant entre les lèvres dans l'espoir de les ouvrir. Bill les écarta, comme pour donner sa permission, et leurs langues se rejoignirent. Elles se touchèrent doucement au début, avant de s'enrouler franchement l'une contre l'autre. Même si Bill n'avait pas embrassé beaucoup de monde, Tom devait avouer qu'il savait embrasser.
Le baiser dura quelques minutes, avant que Tom ne renverse Bill, s'allongeant dessus. Il passa doucement une main sous son tee-shirt, continuant de l'embrasser. Il l'embrassait délicatement, ne voulant pas le presser, sachant qu'il pouvait le repousser à tout moment.
Bill se tendit au contact de la main de Tom sur sa hanche, reculant comme il pouvait sa tête alors que le blond était collé à lui.
« Laisse toi faire, » souffla le guitariste avant de replonger sur ses lèvres. Bill se relaxa un peu, c'était vraiment agréable, mais ne put arrêter de penser à ce que Tom allait vraiment faire. Il était encore vierge et le fait de peut-être se faire dépuceler par son frère lui donnait la chair de poule.
Tom repassa sa langue derrière les dents de Bill, parcourant sa bouche, alors que sa main continuait de caresser doucement son ventre. Il descendit doucement sa bouche dans son cou alors que sa main commençait à remonter doucement, relevant son tee-shirt en même temps. Bill n'était plus qu'une masse frissonnante sous lui.
« Je ne veux pas te faire de mal, d'accord ? » murmura Tom en descendant toujours, enlevant complètement le tee-shirt de son frère. Bill ne réagit pas, tendant le cou en arrière contre les baisers du blond.
Puis, Tom enleva son tee-shirt à son tour et commença à se frotter lascivement contre lui, et il n'eut plus aucune pensée cohérente.
Il n'avait jamais rien connu de tel, il n'en avait pas vraiment eu l'occasion. Ses petites amis n'avaient jamais été jusque là. Et elles n'avaient pas de pénis.
Il gémit doucement, accrochant ses bras aux épaules de Tom, enfonçant ses doigts dedans. Il voulait juste que ce frottement continue, et il ne prêta pas attention quand son pantalon glissa lentement le long de ses cuisses avant d'être jeté par terre.
« Pourquoi... tu me fais tout ça ? » haleta-t-il entre deux frictions. Il remarqua que le baggy de son frère avait aussi disparu.
« Je veux juste être proche de toi, comme avant, » répondit Tom en passant doucement sa bouche sur le torse de Bill, léchant ses tétons, avant de remonter près de sa bouche. « Embrasse... » Le brun colla sa bouche avant qu'il ne puisse dire autre chose. C'était le deal, non ?
A partir de là tout s'enchaîna, et ils se retrouvèrent vite nus l'un contre l'autre, essoufflés. Bill ne contrôlait plus ses mouvements, donnant des coups de coude à Tom, qui siffla entre ses dents.
« Arrête de bouger, ou je t'attache. » Ils se frottèrent encore un moment l'un contre l'autre, puis Bill cogna encore une fois son coude dans les côtes de Tom.
« Tu l'auras voulu, » rit Tom, se levant. Bill ne pouvait pas voir où il allait et il ferma les yeux. Quand il les rouvrit en sentant quelque chose lui enserrer les poignets, il était déjà trop tard. Au début il se débattit, puis reposa ses bras contre la tête du lit.
« Ok, Bill, » dit le dreadé en mordillant légèrement son cou. Bill se laissa faire, gémissant gentiment. Il en avait envie. « Je ne ferai rien que tu ne veux pas. »
Il passa ses mains le long de ses cuisses, recommençant à embrasser tendrement son torse. « Je veux juste que tu comprennes... »
Il continua sa douce torture en atteignant le sexe de son frère, qu'il saisit en main. « Je suis désolé, tellement désolé. Je veux juste que tout soit comme avant, tu sais. »
Tom passa lentement ses doigts sur la courbe des fesses de Bill, cherchant son entrée.
« Tu as confiance ? » demanda-t-il en se mordillant la lèvre.
Bill secoua la tête. « Non, » gémit-il. « Je n'ai plus confiance. »
« Laisse moi juste une chance, Bill. » Tom introduisit doucement un doigt en lui. Bill grimaça.
« Je n'ai plus confiance en moi. »
« Ok, doucement. » Il lui laissa un peu de temps pour s'habituer à l'intrusion avant de bouger un peu son doigt. « A cause de moi ? »
Il entra délicatement un deuxième doigt, les bougeant doucement. « Calme toi. »
« Je suis tellement nul face à toi, Tom, » gémit le brun. « Tellement inférieur. »
Tout sortait de sa bouche sans qu'il ne s'en aperçoive vraiment, il se concentrait sur les membres qui sortaient et entraient doucement en lui. Cela faisait mal, jusqu'à ce que Tom touche quelque chose en lui qui le fit presque crier.
« Tu sais très bien que non. » Il retira ses doigts en un 'pop' avant d'attraper quelque chose sur la table de nuit. « Je veux juste que tu me fasses confiance, comme j'ai confiance en toi. »
« Une dernière chance ? » marmonna Bill, fermant les yeux. Il était tellement influençable et il se détestait pour ça autant qu'il aimait Tom pour être si doux, comme s'il devinait ce dont il avait besoin.
« Ce serait le meilleur cadeau de Noël, putain, » haleta-t-il. « Juste laisse moi faire, ok ? »
« Je te fais confiance, » grogna Bill. Et il décida de laisser son frère faire ce qu'il voulait de lui. Tout.
Bill regarda d'un air absent Tom mettre quelque chose sur ses doigts avant de le mettre sur son érection. Il était dur et rouge, exactement comme Bill. « Alors, on va vraiment le faire ? »
« Seulement si tu veux, » soupira Tom, se replaçant devant lui. « Je veux juste que... tu comptes beaucoup pour moi, tu le sais, hein ? »
Bill geignit, fermant les yeux sous ses mots. Il ne savait pas s'il devait le croire, ou pas. Il décida de laisser ça de côté pour le moment. « Vas y, je suis prêt. »
Il s'introduit doucement en lui, arrêtant de respirer quelques secondes. C'était tellement... bizarre.
« Tu n'es pas un monstre, tu es juste... différent, » grogna Tom. « Et c'est pour ça que tout le monde t'aime, tu sais. »
« Personne ne m'aime, » murmura le chanteur avant de réembrasser son frère.
« Moi, si. » Tom roula des hanches, s'enfonçant doucement encore plus. « Tu dois me croire, d'accord ? »
Il n'avait jamais été attiré par les garçons, et il n'était pas vraiment attiré par Bill. Il avait juste besoin de le sentir près de lui, et ça s'imposait comme la seule façon.
Il commença à donner quelques coups de reins, sous un Bill gémissant.
*
Il était presque minuit, et Bill somnolait doucement, serré contre son frère. Il avait fini par lui pardonner, ça ne servait à rien de lui tenir tête. Peut-être qu'il finirait pas le regretter, mais pour le moment, il était simplement heureux.
« Le week-end est fini, tu peux partir si tu veux, » murmura Tom en se tournant dos à son frère.
Bill se blottit contre lui, entremêlant leurs jambes. Il ne voulait pas partir.
« Je suis tellement fier de toi, tu sais, » souffla Tom avant de s'endormir.
Le lendemain, Bill jeta son paquet de cigarettes dans la poubelle de la chambre.
*
04/01/06
C'était un mercredi, 16 heures, et les jumeaux Kaulitz se baladaient dans la rue.
Ils avaient passé le nouvel an chez eux avec leurs parents, ce qui n'était plus arrivé depuis un ou deux ans. Tom sortait toujours d'habitude avec des amis, faisant une tournée des boites, mais cette fois-ci il n'en avait pas vraiment envie. A la place, il était resté manger la tarte aux pommes brûlée de Gordon et avait fini le champagne avec Bill dans sa chambre.
Au bout de deux semaines où ils étaient restés à l'intérieur presque tout le temps, ils avaient décidé de sortir un peu - autant pour fuir Simone qui les maternait que pour prendre l'air.
Il faisait froid dehors et le fait qu'ils soient en Allemagne et en hiver n'arrangeait rien. Bill plongea une main dans la poche de sa veste en cuir et en ressortit des mitaines, alors que Tom se contentait d'enfoncer les siennes dans les poches trop grandes de son blouson. Depuis qu'ils étaient sortis de la maison, il régnait un silence apaisant, le bruit du vent se mêlant au son de leur respiration.
Ils n'avaient pas parlé de ce qui s'était passé à Noël, ils n'en avaient simplement pas besoin. C'était comme si leur lien de jumeaux avait subitement réapparu et qu'ils pouvaient lire dans les pensées l'un de l'autre. Ils ne s'étaient pas dits qu'ils s'aimaient, ils étaient frères et ça semblait évident. Et puis, Bill avait fait tomber sa barrière contre Tom et ça signifiait tout, autant pour l'un que pour l'autre.
« Eh, Tom ! » Des pas se rapprochèrent d'eux, brisant le silence qu'ils avaient installé. « Tom, vieux, c'est bien toi ?! » Ils se retournèrent lentement.
C'était une autre raison du pourquoi ils n'étaient pas beaucoup sorti de chez eux. Devant eux se tenait Carl, un des anciens amis de Tom, et les voix qui s'élevaient derrière lui dans la ruelle signifiaient qu'il n'était pas le seul à être là. Mauvais timing.
« Ça fait super longtemps ! » Le sourire de Carl sonnait faux. « Les mecs, regardez qui est revenu ! Tom ! » cria-t-il en direction des autres voix.
Tom jeta un regard à son frère et vit qu'il était tendu. 'Merde.' Il voulut lui dire de s'éclipser discrètement, apparemment Carl n'avait pas encore remarqué sa présence ; ils étaient près des maisons à l'endroit où la route formait une ruelle sur la droite d'où provenaient les bruits et Bill était derrière Tom, mais il n'en eût pas le temps.
« Oh mon dieu, Tom, qu'est-ce que tu fous là ? J'pensais que t'étais à l'autre bout de l'Allemagne, » s'exclama un des mecs.
« T'as enfin quitté ton groupe de tapettes ? » Ils rirent tous, se tapant dans les mains.
Les voix parlaient toutes en même temps, et c'était dur à suivre. Ils étaient cinq - Max, Carl, Ulrich, Jorn et Franck. Tom les avait laissé tomber un peu moins de dix mois avant, quand il avait commencé à prendre son groupe plus au sérieux. Il se demandait franchement comment il avait pu rester deux ans de sa vie avec eux.
Puis, Max remarqua Bill. Il sourit d'une manière étrange, se rapprochant un peu plus de lui. Tom serra les poings.
« Oh, bonjour Bill, » dit-il en fronçant le nez, comme s'il dégageait une odeur nauséabonde. « T'es pas mort, depuis le temps ? » Il fit une grimace et Bill se recula un peu, tête baissée. Il les avait toujours haït.
« Tom, tu traînes avec la tapette ? » ricana une des voix.
« C'est mon frère. »
« Et ? Ça reste une tapette. » Ils rirent plus fort, et Tom eût envie de vomir.
« Et nous, tu sais c'qu'on fait avec les tapettes, hein, » murmura Carl d'une voix trop douce. « Ce qu'on a fait à ton chat t'as pas suffit ? »
Bill releva brusquement la tête et le foudroya du regard. Ça le fit rire encore plus.
« Mais c'est qu'elle croit me faire peur, » le railla-t-il. « Fillette. »
« Kasimir ? »
« Tom, vieux, c'est parce qu'on t'aime bien, mais sinon c'est pas son stupide chat qu'on aurait tabassé, mais lui. » Il lui sourit d'un air entendu en lui donnant un coup dans l'épaule.
Tom ne savait pas s'il sous-entendait qu'il devait se sentir honoré, ou quelque chose comme ça. Il avait même perdu la capacité de parler. Tout ce qu'il savait, c'était que s'ils ne se reculaient pas d'au moins deux mètres de Bill, c'était eux qui allaient se faire tabasser.
« Vous... vous l'avez tué ? » La voix de Bill était faible, comme s'il allait se mettre à sangloter.
« Oh, mais c'est qu'elle va pleurer ! » Max fit semblant de geindre et ils éclatèrent de rire. « Bouhou, on a tué son chat les gars ! »
Bill n'osa plus rien dire, rebaissant la tête. Il était tellement inférieur, et il détestait ça. Pourquoi, quand tout semblait s'arranger, retombait-il toujours aussi bas ? Et puis, il se dit que ça avait toujours été le cas. Tom allait partir avec eux et le laisser encore seul.
« Putain, Tom, j'te plains. » L'intéressé haussa un sourcil, les poings toujours serrés. « Tu dois vivre avec ça tout le temps ! J'aurai déjà demandé pour me faire adopté, ou j'l'aurai foutu à la porte. J'suis sûr que ça aurait arrangé tes parents en plus ! »
Tom ne répondit pas et le c½ur de Bill se brisa. C'était dans ces cas-là qu'il avait vraiment besoin d'une cigarette.
« Bref, ça te dit qu'on aille au par cet qu'on fasse du skate ? Et puis, y a des nouvelles filles sympas depuis que t'es parti. » Carl lui fit un clin d'½il.
« Il est avec Julia, Carl, » rétorqua Ulrich.
« Ah oui, merde. Enfin, t'avais pas rompu, aux dernières nouvelles ? J'pensais qu'elle voulait te parler. » Tom haussa les épaules.
« Elle m'a trompé avec un autre mec. »
« Oh, pas d'chance, » lui dit Max en lui tapant dans l'épaule. « 'Fin bon, c'est pas comme si tu l'aimais, c'était une vraie salope cette fille. J'pense que tous les mecs lui sont passés dessus. »
Tom rehaussa les épaules, à deux doigts de foutre son poing dans la tête d'un des cinq adolescents. Mais il ne savait pas ce qu'ils pouvaient pas à Bill s'il le faisait. Ils étaient cinq et ce serait tellement facile de le clouer au sol et d'emmener Bill dans la ruelle pour lui faire des choses - et pas que le tabasser. De son côté, le brun regardait le sol, comme s'il allait s'ouvrir et le cacher à l'abri des regards. La célébrité n'avait au final strictement rien changé.
« J'pense que j'vais rentrer, » grogna Tom. Ce n'était pas comme s'il avait vraiment envie d'aller au parc mater les filles, sans Bill.
« Ah, ta mère t'a confié la tapette ? S'tu veux, Jorn peut la garder, il a toujours rêvé de se faire une tante, » proposa une des voix. Tom ferma les yeux, essayant de calmer sa colère.
Mais quand Jorn s'approcha de Bill un sourire au lèvres, lui relevant brusquement la tête en lui tenant entre deux doigts lui murmurant un « J'parie que t'aimes ça, salope. » et qu'il ne réagit pas, ce fut la goutte qui fit déborder le vase. Tom attrapa le poignet de son ex-ami et le serra, prêt à lui briser à tout autre contact.
« Laisse-le, » dit-il en articulant bien toutes les syllabes. « Connards. »
Ensuite, il prit la main dans la sienne de Bill et se mit à courir en contresens. Derrière eux, les autres ne comprirent pas tout de suite, avant qu'une vague d'insultes ne leur parvienne, entrecoupée de « Tapettes ! », « Allez vous faire mettre ! », « On va vous défoncer ! ». Un des jeunes leur jeta même une pierre dessus. Mais ils n'y prêtèrent pas attention, se contentant de courir droit devant eux, ensemble, contre les regards du monde.
Les mains liées comme promesse d'avenir.